Depuis un bon moment déjà, j'avais pris l'habitude de tenir mes amis au courant de mes pérégrinations. En fouillant dans les cartons, j'ai retrouvé cette correspondance, relatant mon arrivée à Barcelone après mon exil volontaire en Allemagne. Je le mets ici, c'est un bon moyen de ne pas oublier ce qui me meut.
Barcelone, le 9 décembre 2007
...Je l'échangerais bien contre celle du roi du Maroc.
Comme vous le savez peut-etre, j'ai quitté l'Europe occidentale pour atterrir dans le tiers-monde. Mon road-trip de 1400km m'a fait atterrir dans des bleds improbables, j'ai touché du doigt la
morne solitude des aires d'autoroute, et j'ai finalement été accueilli en Pays basque par les douanes espagnoles.
Même pas une semaine que je suis là, et j'ai déjà eu à porter plainte chez les flics, aller chercher ma voiture à la fourrière, essuyer les refus de retrait carte bleue, et baraguiner de
l'hispano-italien à des catalans dubitatifs...
Ici, il y a certains concepts qu'il vaut mieux oublier : le double vitrage, le chauffage dans les maisons, les chambres de plus de 15m² et les plats végétariens (j'aurais très bien pu l'être!). A
part ça, on peut -techniquement- considérer que mon arrivée s'est bien passée.
Voilà, c'est en quelques mots le portrait que j'aurais pu vous dresser de mon arrivée À Barcelone si j'avais été un mouton mexicain dépressif.
Mais soyons réalistes, Barcelone c'est pas Maubeuge, et faudrait être un proche parent de Mr Merdocu pour ne pas s'y sentir À l'aise. Donc s'y je m'en remets à une narration de type
chronologique, ma nouvelle vie ressemble à ca : Je suis arrivé dimanche dernier vers 21h, j'ai visité une coloc à 22h, j'ai commencé le taf lundi matin, j'ai signé mardi soir pour la coloc et
emménagé mercredi. Donc là, je vous écris de mon bureau, les rayons du soleil caressent ma nuque et je songe a retirer mon pull pasque vraiment, cette chaleur, c'est insupportable. D'ailleurs, il
ne manque qu'une poignée de degrés pour que je sorte me lover dans la rocking chair du balcon.
J'ai eu quatre jours pour me remettre de mes trois premiers jours de travail (j'y suis pour rien moi si la fête nationale espagnole tombe PILE la semaine où je commence mon taf....). Sinon
je maîtrise autant l'espagnol que Gaston Lagaffe la sténographie, donc les cours d'espagnol commencés mardi ne seront pas superflus... Et pour mettre toutes les chances de mon coté, je me suis
installé avec des gens du cru, soit une francaise, une allemande et une italienne.
Niveau taf, je découvre enfin la signification de l'expression "ambiance jeune au taf", pleins de francais sympas ont été embauchés ces derniers temps, et avec les catalans c'est plutôt relax. Je
m'investis beaucoup, ca paie assez vite, et j'ai compris ce que l'on attend de moi sur place. Bref, je trouve ma place dans l'économie capitaliste.
Je fais des trucs culturels pour justifier mon statut d'élite sociale, comme aller voir des films sous titrés, lire des revues indés dans mes chiottes, voir Joseph Arthur ou truc, le chanteur de
Sonic Youth en concert, ou me laisser entraîner dans des troquets PMU par Arno.
Et comme ma boite a pas envie que je me surmène, ils me laissent repartir à mes corons du 23 au 1er, non mais! J'arrive donc bientôt, je prends Arno dans mes bagages, il n'a plus le droit de
voyager tout seul depuis la fois où il a harcelé le pilote pendant deux heures pour savoir s'il avait mieux que son full house...
Vous me manquez tous plus ou moins,
Bizzz
MB