Partager l'article ! Rencontre du troisième type: Ami public, ma vie ne sera pas toujours un enchainement d'expériences heureuses et chatoyantes. Alors j'en profite ...
Ami public, ma vie ne sera pas toujours un enchainement d'expériences heureuses et chatoyantes. Alors j'en profite le temps que ça dure. Et comme je suis bon et généreux, je te les raconte sans emphase.
Si toi aussi, ton enfance a eu des ratés, tu as forcement connu "sauvez Willy". Un poisson plus gros qu'une maison, des bons sentiments à en friser l'indigestion, et un happy end aux relents de hareng. Bref, de quoi en rester quitte avec les mammifères marins pour au moins toute une vie.
Sauf qu'un beau matin d'été, au hasard d'une équipée sauvage sur la côte Manabi, on décide avec quelques volontaires en mal d'aventure de faire sept heures à treize dans un pick-up pour se retrouver sur le raffiot de Captaine Igloo. Objectif : voir des baleines, ne pas vomir mon quatre heures, et laisser stoïquement les embruns me fouetter le visage.
A peine la côte s'éloigne-t-elle à l'horizon, je sens que ça part mal. Un vicieux roulis, un insupportable crachin, et une mer desesperement neutre. Même pas un bout d'aileron à se mettre sous la dent, à peine quelques mouettes rieuses, et des compagnons de voyages febrilement piailleurs. Engoncé dans ma capuche, je scrute l'horizon, à la recherche de Moby Dick. Pour tuer le temps, j'entame la conversation avec le mousse du bateau. Sans doute moins baratineur que le mec qui nous a vendu les tickets, il m'annonce calmement qu'à cette époque de l'année, c'est pas bien sûr que l'on aperçoive une baleine. Chouette chouette. J'apprends aussi que normalement aujourd'hui ils ne devaient pas sortir en mer, mais qu'au dernier moment la cargaison d'armes avait été annulée, alors du coup le bateau était dispo. Et moi qui pensais que les trafiquants d'armes avaient tous des têtes de mafieux...
La conversation n'ira pas plus loin. Sortie de nulle part, une baleine emmerge de l'eau, majestueuse, et replonge avec fracas. Vision irréelle, fracture nette de l'oeil droit. Primo, la bête est plus grande que notre bateau. Si elle décide par malice de venir titiller notre frêle esquif, on jouera à "un homme à la mer" par paquet de dix. Secundo, cette apparition efface tous les mauvais clichés que j'avais sur les mammifères marins s'ébrouant dans l'eau. On est loin de la carte postale romantique ou du documentaire du commandant Cousteau. Une force de la nature joue avec la gravité, le splash est assourdissant, je me sens minus.
Ca donnerait presque envie de troquer ses doigts opposables contre des branchies et des mains palmées.